Il faut souvent un temps considérable avant qu'une invention entre dans le domaine pratique. Ce fut vrai surtout pour la navigation à vapeur. Jouffroy d'Abbans ne se doutait pas des obstacles qui lui restaient à vaincre. En premier lieu, il lui fallait des capitaux. De Follenay ayant trouvé des bailleurs de fond, reconstitua une nouvelle société avec l'aide de la marquise de Selve, mais il meurt en 1814, ayant à peine entrevu le succès de l'invention à laquelle il avait consacré toute sa fortune.
Le retour des Bourbon semble ouvrir une période plus heureuse pour Jouffroy d'Abbans, enfin récompensé de sa fidélité par des dignités : garde de la porte du Roi, chevalier de St-Louis. Il est aussi nommé commissaire particulier dans les provinces de l'Est. Mieux encore, ses travaux scientifiques sont reconnus : le 23 avril 1816, il reçoit un brevet d'invention auquel est ajouté le 10 juin 1816, un certificat d'addition et de perfectionnement au bateau à vapeur. Ce fut un encouragement pour continuer l'œuvre industrielle qu'il avait commencée et qui se poursuivit, non seulement à Paris, mais encore à Châlon-sur-Saône.
A Paris, il rencontra de grandes difficultés par suite de la concurrence que lui suscita la "Société Pierre Andriel Pajol et Cie" pour l'importation et le perfectionnement de bateaux à pompe et à vapeur appelés "bateaux coureurs". Le grand banquier Lafitte président du conseil d'administration dirigeait l'opération financière : le capital de deux millions quatre cent mille francs était divisé en actions de mille francs. Le général napoléonin Pajol, grand actionnaire était natif de Besançon. Sa statue de bronze qui se dressait Place Chamars eut le même sort que celle de Jouffroy d'Abbans.