Expérience de Baume-les-Dames

L'expérience tentée par d'Auxiron à l'île des Cygnes n'avait pas été concluante. D'autres essais de Périer en 1775 échouèrent également, démontrant qu'à cette date aucun bateau n'avait pu encore se propulser par l'action de la vapeur. Jouffroy n'en persista pas moins dans son projet malgré le peu d'intérêt accordé par son père à ses travaux et le peu de secours qu'il pouvait en attendre. Cependant, sa sœur Marie-Elisabeth, chanoinesse au chapitre de Baume-les-Dames avait confiance en son génie. En allant lui rendre visite à Baume les Dames il repéra le beau plan d'eau du bassin de Gondé et décida d'y mener sa première expérience. Sa soeur sut plaider sa cause auprès de l'abbesse de son couvent, Angélique Perronne de Laubespin, si bien que ces dames consentirent à subventionner l'inventeur. Il se rendit à Baume-les-Dames pour mener à bien son entreprise.

BateauIl construisit lui-même sa machine à vapeur avec l'aide d'un chaudronnier de la ville nommé Pourchot. Le cylindre était en cuivre battu renforcé extérieurement par des anneaux de fer. Une chaîne de fer attachée au piston, s'enroulait et se déroulait sur une poulie transmettait le mouvement aux rames disposées de chaque coté du bateau. C'étaient deux tiges de fer de 2,60 m de long plongeant à 0,50 m dans l'eau : le tout imitant à la fois le mouvement des rames et celui des pattes palmées des oiseaux aquatiques.
Dans un premier temps, lorsque la vapeur introduite dans le cylindre soulevait le piston, les rames s'ouvraient et les volets se refermaient sous la pression du courant. Dans un deuxième temps, la vapeur condensée par refroidissement faisait le vide dans le cylindre, la pression atmosphérique poussait le piston jusqu'en bas de sa course et la chaîne qui lui était attachée ramenait les rames sur les flancs du bateau, les volets s'ouvraient alors et appuyaient sur l'eau pour propulser le bateau.

Cette machine était arrimée sur une petite embarcation de treize mètres de long sur deux mètres de large. Jouffroy travaillait côte à côte avec ses ouvriers : c'était non seulement un ingénieur aux conceptions hardies, mais aussi un maître artisan habile à se servir du compas et de l'équerre et même à manier les plus humbles outils. Lorsque tout fut achevé, le bateau fut mis à flot sur le Doubs à l'endroit où le Cusancin se jette dans le Doubs. Là pendant les mois de juin et juillet 1776, les Baumois étonnés virent évoluer cette enbarcation se propulsant elle-même en crachant de la fumée. L'expérience avait montré les inconvénients du système palmipède : quand le courant était trop rapide, les volets refusaient de s'ouvrir. Dès lors, Jouffroy songea à perfectionner son invention en remplaçant les rames par des roues à aubes.